Les carrières Lefol : sous les quartiers sud de Bourges, une histoire enfouie dans la pierre

Les carrières Lefol : sous les quartiers sud de Bourges, une histoire enfouie dans la pierre

Publié le 21-10-2026 • Aucun commentaire • Aucune catégorie. • Retour à la liste des posts

Les carrières Lefol : sous les quartiers sud de Bourges, une histoire enfouie dans la pierre

Sous les quartiers sud de Bourges, plusieurs anciennes carrières témoignent d'une histoire souterraine méconnue. Dans le secteur des carrières du Château, également associé aux Averdines, les galeries ont notamment servi à extraire la pierre, puis à cultiver des champignons. Certaines ont aussi connu des usages militaires au XXe siècle. Leur histoire croise celle de familles locales, dont les Lefol, ainsi que celle d'un patrimoine naturel aujourd'hui reconnu pour son intérêt écologique.

Derrière ces espaces invisibles depuis la surface se dessine une histoire faite de travail, de transformations économiques, de bouleversements militaires et de découvertes scientifiques. Un patrimoine discret, dont la connaissance repose en grande partie sur les archives, les études historiques et les inventaires environnementaux.

Une histoire qui commence dans la pierre

Pour comprendre l'histoire des carrières de Bourges, il faut d'abord regarder le sous-sol sur lequel la ville s'est développée.

La région possède notamment des formations calcaires datant du Jurassique. Certaines de ces roches ont été exploitées pendant des siècles pour fournir les matériaux nécessaires à la construction.

Dans le secteur des carrières du Château, associé aux Averdines dans les sources locales, les extractions ont laissé derrière elles des galeries et des salles souterraines.

Ces cavités ne correspondent pas nécessairement à une exploitation unique. Les anciennes carrières de Bourges comprennent plusieurs secteurs, dont les noms rappellent parfois leurs propriétaires ou leurs exploitants : Soumard, Hugault, Bardary ou encore Dufresnay. Il convient toutefois de distinguer ces différentes exploitations plutôt que de les considérer comme un seul réseau souterrain continu.

Aujourd'hui, ces espaces présentent un intérêt historique, géologique et écologique. Leur histoire illustre la manière dont les habitants ont exploité les ressources du sous-sol avant que certaines galeries ne changent progressivement de fonction.

Des traces qui remontent à l'Antiquité

L'exploitation de la pierre dans les environs de Bourges s'inscrit dans une histoire ancienne.

À l'époque gallo-romaine, Avaricum, le nom antique de Bourges, dispose notamment d'infrastructures destinées à son alimentation en eau. Parmi elles figure l'aqueduc de Traslay, étudié par les archéologues.

Le tracé de cet ouvrage témoigne du savoir-faire des ingénieurs romains, capables d'acheminer l'eau sur une longue distance en tenant compte du relief et d'une pente relativement faible.

Il faut cependant distinguer l'histoire de cet aqueduc de celle des carrières. La présence d'un ouvrage antique dans le secteur ne signifie pas que toutes les galeries visibles aujourd'hui datent de l'époque romaine. Les cavités ont pu être creusées, agrandies ou réutilisées à différentes périodes.

La pierre calcaire locale a également participé à la construction de la ville au fil des siècles. L'extraction des matériaux et l'aménagement des infrastructures nécessaires à la vie urbaine constituent ainsi deux aspects complémentaires de l'histoire du sous-sol berruyer.

Le Moyen Âge et l'essor des carrières des Averdines

Les documents historiques attestent l'existence des carrières des Averdines à partir du XVe siècle, même si leur histoire peut être plus ancienne.

À cette époque, Bourges connaît d'importantes transformations urbaines. Les besoins en matériaux sont considérables pour construire et réparer les maisons, les édifices religieux, les bâtiments publics et les ouvrages défensifs.

La pierre extraite localement représente alors une ressource économique précieuse. Elle est acheminée vers les chantiers, où les artisans la taillent et la mettent en œuvre.

Les carrières des Averdines connaissent un développement important à la fin du XVe siècle. Cette période suit notamment le grand incendie de Bourges de 1487, qui détruit une partie de la ville et entraîne des besoins de reconstruction.

Les sources patrimoniales mentionnent plusieurs propriétaires institutionnels, parmi lesquels le chapitre du Château et celui de Notre-Dame de Montermoyen.

À cette époque, une carrière représente bien davantage qu'un simple lieu d'extraction : elle constitue une ressource économique, un patrimoine foncier et un élément essentiel de l'activité des bâtisseurs.

Quand la pierre laisse place aux champignons

Au fil des siècles, l'extraction de la pierre perd de son importance dans certaines carrières. Mais l'abandon de l'activité initiale ne signifie pas nécessairement la fin de leur utilisation.

Les galeries souterraines présentent des caractéristiques intéressantes pour la culture des champignons. La température y varie généralement moins qu'à l'extérieur, tandis que l'humidité et l'obscurité peuvent offrir des conditions adaptées à certaines productions.

À Bourges, les anciennes carrières sont ainsi réutilisées en champignonnières. Des transactions immobilières mentionnées dans les sources locales témoignent de cette reconversion, notamment à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

Parmi les noms associés à cette histoire figure celui de Jules-Frumence Lefol, mentionné comme champignonniste dans une vente datée du 31 octobre 1911.

La famille Lefol occupe ensuite une place importante dans l'histoire de certaines de ces exploitations. La chronologie publiée par l'Encyclopédie de Bourges évoque notamment Élie Lefol, puis son fils Dominique, qui poursuit l'activité.

Cette production de champignons se maintient jusqu'à la fin du XXe siècle. Selon cette même source locale, elle cesse définitivement en 1991.

Cette date marque la fin d'un usage économique qui avait permis à certaines anciennes galeries de continuer à servir bien après l'arrêt de l'extraction de la pierre.

L'histoire de la famille Lefol demeure ainsi étroitement associée à la mémoire des champignonnières berruyères. Pour retracer précisément les liens familiaux et les différentes étapes de l'exploitation, les actes de vente et les archives commerciales constituent toutefois des sources complémentaires importantes.

La Seconde Guerre mondiale : les carrières changent encore de fonction

Les espaces souterrains peuvent présenter un intérêt particulier en période de guerre. Leur configuration permet parfois d'abriter des activités industrielles, des équipements ou du matériel à l'écart des installations de surface.

À Bourges, ville marquée par la présence d'activités liées à l'armement et à l'aéronautique, certaines anciennes carrières connaissent de nouveaux usages à la veille et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Selon la chronologie publiée par l'Encyclopédie de Bourges, la carrière Soumard est réquisitionnée en 1939 par la Société nationale de constructions aéronautiques du Centre (SNCAC), afin d'y abriter des activités liées à la production aéronautique, notamment des ateliers ou du stockage de pièces.

En 1940, après l'arrivée des forces allemandes, des installations souterraines sont également utilisées à des fins militaires, notamment pour le stockage de munitions.

Ces épisodes montrent comment certains espaces initialement creusés pour fournir de la pierre ont pu être réaffectés à des activités industrielles et militaires.

Il faut néanmoins éviter de généraliser ces usages à toutes les carrières de Bourges. Les affectations variaient selon les lieux et les périodes, et leur reconstitution précise nécessite de croiser les sources locales avec les archives historiques.

La succession de ces fonctions illustre les transformations du sous-sol berruyer : des espaces de travail consacrés à l'extraction, puis à la production agricole, deviennent ponctuellement des lieux de stockage et d'activité militaire.

Le drame du 20 août 1946

La fin de la guerre ne signifie pas que tous les dangers disparaissent immédiatement.

Après la Libération, des munitions abandonnées doivent encore être récupérées, neutralisées ou détruites. Certaines opérations sont particulièrement dangereuses, notamment lorsque des explosifs ont été entreposés dans des conditions mal connues.

L'Encyclopédie de Bourges rapporte un accident survenu le 20 août 1946 dans une ancienne champignonnière du secteur des Justices, route de Dun.

Des employés des établissements Gaschet y travaillent au désamorçage de munitions et à la récupération des métaux. Le chantier concerne un stock de bombes attribué aux armées allemandes et françaises.

L'opération tourne au drame.

Selon la chronologie publiée par cette source locale, dix ouvriers auraient péri dans l'explosion. Le récit précise également que quatre corps seulement avaient été retrouvés au 11 septembre 1946.

Ces informations constituent un élément particulièrement marquant de l'histoire des carrières de Bourges. Pour établir définitivement le bilan humain et les circonstances exactes de l'accident, il serait néanmoins souhaitable de retrouver un compte rendu contemporain, des archives administratives ou des articles de presse publiés à l'époque.

Cet épisode rappelle une réalité souvent oubliée de l'après-guerre : la fin des combats ne fait pas disparaître instantanément les dangers qu'ils ont laissés derrière eux. Dans certaines carrières, les activités de récupération et de neutralisation des munitions exposaient encore les travailleurs à des risques considérables.

Un patrimoine naturel inattendu

Après l'extraction de la pierre, la culture des champignons et les usages militaires, les anciennes carrières ont également acquis une importance écologique.

Leurs galeries peuvent offrir des conditions favorables à plusieurs espèces de chauves-souris, notamment pour l'hibernation. L'obscurité, la température relativement stable et l'humidité de certains espaces souterrains constituent des caractéristiques recherchées par ces animaux.

Les carrières de Bourges font l'objet d'un document d'objectifs Natura 2000 daté d'août 2005, approuvé par arrêté préfectoral en mai 2006.

Ce document présente les caractéristiques écologiques du site et les enjeux de conservation associés, notamment pour les chauves-souris. Le site figure également dans l'inventaire officiel Natura 2000 sous le code FR2400516.

Cette reconnaissance rappelle que les carrières ne sont pas seulement des vestiges industriels. Elles constituent aussi des milieux naturels souterrains dont la conservation dépend du maintien de conditions adaptées.

La fréquentation humaine, les éclairages, les modifications des entrées ou certains travaux peuvent perturber les animaux et leurs habitats. Les interventions dans ces espaces doivent donc tenir compte de leur intérêt écologique.

Le patrimoine souterrain de Bourges se trouve ainsi au croisement de plusieurs histoires : celle des activités humaines, celle de l'évolution du paysage et celle de la préservation de la biodiversité.

Des galeries qui ne sont pas sans danger

L'existence de grandes salles souterraines peut éveiller la curiosité et donner envie de découvrir ces lieux. Pourtant, les anciennes carrières ne sont pas des espaces de promenade ordinaires.

Certaines galeries peuvent présenter des fragilités liées à leur ancienneté, aux infiltrations ou aux méthodes d'extraction employées. Des plafonds et des piliers peuvent être dégradés sans que les signes de faiblesse soient immédiatement visibles.

À ces risques s'ajoutent les puits, les chutes de blocs et, dans certains secteurs, les dangers liés aux anciennes installations ou aux munitions.

Les carrières peuvent également relever de propriétaires et de statuts fonciers différents. Une entrée visible ne signifie donc ni que l'accès est autorisé, ni que les galeries sont sécurisées.

Leur découverte doit avant tout passer par les archives, les études géologiques, les inventaires patrimoniaux et les visites éventuellement organisées dans un cadre autorisé.

La préservation de ce patrimoine suppose de concilier la transmission de son histoire, la sécurité des personnes et la protection des milieux naturels.

Une histoire locale qui mérite d'être transmise

L'histoire des carrières de Bourges ne se résume ni à une seule famille ni à une seule exploitation.

Elle rassemble plusieurs siècles d'extraction de pierre, l'histoire des bâtisseurs, le développement de la culture des champignons, les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale et la reconnaissance progressive de leur intérêt écologique.

Le nom de Lefol demeure un repère important dans cette mémoire, notamment pour les galeries associées à la production de champignons jusqu'à la fin du XXe siècle.

Les événements rapportés autour de la Seconde Guerre mondiale et de l'accident de 1946 rappellent également que ces espaces ont connu des épisodes difficiles, dont les traces méritent d'être documentées avec rigueur.

Aujourd'hui, les anciennes carrières rappellent que l'histoire d'une ville ne se lit pas uniquement dans ses rues, ses places et ses monuments. Elle se trouve aussi sous ses quartiers, dans des lieux qui ont changé de fonction au fil du temps.

Sous les quartiers sud de Bourges, ces galeries racontent ainsi une histoire faite de travail, d'ingéniosité, de drames et de nature. Un patrimoine discret, parfois inaccessible, mais dont la mémoire mérite d'être conservée.

Sources et références

  • Roland Narboux

    , « Les carrières de pierre de Bourges », Encyclopédie de Bourges, 2009. Consulter l'article.

  • Marianne Surgent

    , « Les ouvrages de franchissement des aqueducs antiques de Bourges », Revue archéologique du Centre de la France, tome 51, 2012. Lire l'étude archéologique.

  • BIOTOPE

    , Document d'objectifs du site d'importance communautaire FR2400516 « Carrières de Bourges », août 2005. Consulter le document.

  • INPN – Muséum national d'Histoire naturelle

    , Formulaire standard de données Natura 2000 FR2400516 – Carrières de Bourges, édition du 16 janvier 2025. Consulter la fiche officielle.

  • Inventaire du patrimoine culturel

    , notice « Maison de carrier dite maison Parnajon », Bourges, route de Dun. Consulter la notice disponible.

Note éditoriale : les détails relatifs à la famille Lefol, aux réquisitions militaires et à l'accident de 1946 reposent principalement sur la synthèse historique locale citée ci-dessus. Leur confirmation par des documents d'archives contemporains permettrait d'approfondir encore cette histoire.

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